Les animaux soldats, ces alliés précieux qui ont servi dans les guerres
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Article extrait du livre de l’exposition « Domestique-moi si tu peux ! - Histoire(s) de la domestication animale et végétale » rédigé et adapté par JOHANNE BANCHET, iconographe et chargée de projets éditions au Muséum de Toulouse.
Ils ont couru sous les balles, transporté des messages vitaux, sauvé des vies ou simplement offert du réconfort : les animaux soldats ont accompagnés les humains dans les conflits depuis des siècles. Si certains de ces animaux ont marqué à jamais notre histoire militaire, comme Rintintin et Cher Ami, la plupart de ceux qui se sont battus à nos côtés sont restés dans l’anonymat.
Cet article retrace leurs rôles essentiels et l’hommage tardif qui leur est rendu.
Soldats à quatre pattes, mais pas seulement


Nombreux sont les animaux qui ont eu un rôle dans les conflits humains. Pendant la Première Guerre mondiale, on compte près de 12 millions d’animaux-soldats (dont une majorité d’équidés). Durant la Seconde, ils seraient 30 millions à combattre aux côtés des Hommes, bien malgré eux.
À la fois acteurs directs ou compagnons des combattants, leurs rôles peuvent être divers : dromadaires de course, rats démineurs, chiens sanitaires, pigeons messagers ou encore ruches d’abeilles servant de projectiles ! Ils sont aussi source de matériaux : leur chair est nourriture et leur peau, poils ou dents composent la tenue et l’équipement du soldat. Ils sont aussi utilisés comme symbole, pour effrayer ou se protéger d’un adversaire.
Par ailleurs, au fil des siècles, les animaux ont apporté un soutien moral aux soldats. En Ukraine par exemple, depuis le début de la guerre en 2022, ils suscitent une telle empathie qu’ils aident à récolter des fonds et à maintenir l’attention internationale sur le conflit.

Les chiens sont les premiers à être enrôlés à nos côtés
Les chiens sont les premiers à avoir été utilisés dans des conflits armés. Leurs capacités cognitives, leur agressivité potentielle et leur odorat développé sont de multiples atouts pour les soldats. D’ailleurs, leurs missions ne vont cesser de se diversifier au cours des siècles : utilisés pour l’attaque, la soumission des populations locales ou pour le gardiennage, les chiens sont aussi sentinelles, secouristes ou encore démineurs. Aujourd’hui encore, les chiens militaires sont envoyés sur des terrains d’intervention.


La présence des chevaux a longtemps été décisive dans l’histoire militaire
Le cheval, quant à lui, est le plus emblématique des animaux de guerre. Pendant des siècles, aucune tactique militaire n’a été pensée sans lui et son rôle a influencé la constitution même des empires. Si le cheval donne à une armée la capacité de briser les lignes ennemies, grâce à sa force de traction, il peut aussi transporter les vivres et l’équipement militaire. C’est pourquoi les caractéristiques morphologiques des chevaux diffèrent selon les besoins mais varient également en fonction des cultures et des époques. Il est d’ailleurs difficile de distinguer ce qui, dans le rôle du cheval, relève de l’utilisation militaire et ce qui relève de la dimension symbolique. Pendant le Moyen Âgepar exemple, la classe dominante des chevaliers justifie son pouvoir par sa capacité à guerroyer à cheval… Le cheval est alors un outil de domination politique et un symbole de puissance.




Crédit : Eugène Chaperon, Domaine public, Wikimedia Commons
Cher Ami et Rintintin, des exemples de courage et de bravoure
Parmi ces animaux et malgré toute leur bravoure, rares sont ceux qui ont connu les honneurs et certains ont su marquer les esprits par des actes courageux ou des capacités particulières. Il y a par exemple Cher Ami, ce pigeon voyageur, pour qui ses soigneurs vont fabriquer une prothèse de bois après avoir sauvé 194 soldats. Il y a aussi Rintintin, célèbre pour ses films, un peu moins pour ses débuts en tant qu’auxiliaire de guerre.
Cher Ami, le pigeon qui a sauvé les 194 soldats du Lost Battalion

Il s’élance. Il est le dernier espoir d’un régiment de soldats américains pris entre deux feux, celui des Allemands et celui des Alliés. Plus de la moitié d’entre eux ont déjà été tués et ils n’ont plus de munitions. Cet ultime espoir, c’est Cher Ami, le 3e pigeon messager envoyé par le capitaine américain, les deux autres ayant été abattus. Le message qu’il transporte dit ceci : « Nous sommes le long de la route parallèle au 276-4. Notre propre artillerie fait un tir de barrage sur nous. Pour l’amour du ciel, arrêtez ! ». Le pigeon, repéré par les Allemands, se fait tirer dessus. Blessé à la poitrine, il tombe à terre, un œil et une patte en moins. C’est la fin… Ce 4 octobre 1918, ce pigeon va pourtant faire preuve d’un courage héroïque. Il réussit à repartir et à rejoindre le quartier général de la division en parcourant 40 kilomètres en 25 minutes. Il permet de sauver la vie de 194 hommes. Cher Ami sera considéré comme un héros et décoré de médailles.
Rintintin, des champs de bataille aux studios de d’Hollywood
Avant même de devenir l’un des chiens les plus célèbres du monde, Rintintin le berger allemand semblait déjà promis à un destin hors normes : sa naissance même tient du miracle.
Nous sommes en septembre 1918, à Flirey, en Meurthe-et-Moselle. Dans les décombres de ce village bombardé, le caporal américain Lee Duncan découvre une chienne allaitant ses cinq petits. Avec ses compagnons, ils décident d’adopter les chiens mais seuls les deux chiots de Duncan survivront les mois suivants. Il les nomme Nénette et Rintintin, en souvenir des poupées porte-bonheur données par les enfants aux soldats. Pour prouver l’utilité des chiens à l’état-major qui ne leur est a priori pas favorable, Duncan va dresser Rintintin à effectuer des missions. Le chien va rapidement être opérationnel et se rendre indispensable pour transporter des médicaments, du courrier ou du matériel sous la mitraille ennemie. Ainsi, il sauvera la vie de plus d’un combattant.


And a star is born !
Mais ce n’est que le début de son histoire… De retour aux États-Unis (Nénette succombera durant la traversée de l’Atlantique), Rintintin montre un potentiel exceptionnel en gagnant tous les concours canins auxquels il participe. Il comprend vite ce qu’on attend de lui et possède une habileté physique hors du commun. Sa carrière d’acteur va réellement démarrer quand il réussira à sauter un obstacle de près de 4 mètres de haut devant la caméra d’un producteur de cinéma. En 1922, Il apparaît dans le film The Man from Hell’s River, puis enchaîne 25 autres westerns avec la Warner Bros. Il réussit à tourner ses prises du premier coup et son professionnalisme est très apprécié par les producteurs. Rintintin devient quasiment un héros national grâce à la série qui porte son nom et les recettes qui en sont tirées permettent de sauver la Warner Bros de la faillite ! Premier animal nommé aux Oscars et à posséder son étoile sur Hollywood Boulevard, il donnera même son avis sur des sujets divers dans une émission de radio, The Wonder Dog. En 1932, Rintintin meurt. Ramené sur ses terres natales, il est enterré au cimetière des animaux d’Asnières-sur-Seine.


Un hommage tardif pour ces compagnons de tranchée

Une fois les guerres terminées, ces animaux-soldats sont souvent les grands oubliés des commémorations et autres cérémonies d’hommages. Aujourd’hui quelques rares monuments permettent de se souvenir du rôle qu’ils ont joués et de reconnaître le lourd tribut qu’ils ont payé.
En France par exemple, à Chipilly, dans la Somme, un émouvant monument sculpté par H. Gauquié rend hommage à tous les chevaux victimes de la guerre. Il représente un cavalier réconfortant son cheval agonisant. A Paris, le premier monument de la capitale en mémoire aux pigeons, chiens, chevaux et ânes morts pendant les 2 guerres mondiales n’a été inauguré qu’en 2024.
Ailleurs dans le monde il existe quelques sites dédiés au souvenir de ces animaux de guerre. C’est le cas en Australie, aux États-Unis, en Allemagne, en Belgique ou encore au Canada. Citons par exemple le Horse Memorial, en Afrique du Sud érigé en mémoire des chevaux qui ont servi durant la guerre des Boers ou encore l’imposant mémorial des animaux de guerre (Animals in War Memorial) inauguré à Londres en 2004 qui rend hommage à tous les animaux qui ont servi sous le commandement britannique au cours de l’Histoire. On peut lire sur l’inscription : « Ils n’avaient pas le choix ».


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Bibliographie
- Baratay Eric, Les animaux dans l’histoire, Paris, éd. Tallandier, 2023
- Vignol Christian, Les animaux les plus célèbres, Paris, éd. Jourdan, 2016
- Chansigaud Valérie, Histoire de la domestication animale, éd. Delachaux et Niestlé, 2020
- Chaulin Charlotte, « L’incroyable destin des animaux superstars », Ça m’intéresse histoire n° 88 janvier-février 2025
Webographie
- Faustine Vincent, « En Ukraine, chats et chiens sont de fidèles compagnons », Le Monde, 21/11/2024, en ligne : En Ukraine, chats et chiens sont de fidèles compagnons d’armes
- Musée de l’Armée, Dossier d’exposition « Animaux & guerres », le blog des actualités du Musée de l’Armée, 2017, en ligne : https://actualites.musee-armee.fr/feuilletons/animaux-guerres/
- Baratay Eric, « Animaux dans la guerre », Chemins de Mémoire, en ligne : https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/revue/les-animaux-dans-la-guerre
- Fraval Alain, « Insectes de guerre », Insectes n°165, 2012, en ligne : https://www.insectes.xyz/pdf/i165fraval2.pdf
- Nota Bene : 5 animaux de guerre, 2015, 13 min 48, en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=Gp4L3DhpmvA
- Baratay Eric, Des animaux morts pour la France : histoire des bêtes de tranchée, 52 min, La marche des sciences, France culture, 05/12/2013, en ligne : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-marche-des-sciences/des-animaux-morts-pour-la-france-histoire-des-betes-de-tranchees-2911371?at_campaign=Linkedin&at_medium=Social_media
- Mortelmens Marc, Mécaniques du vivant, saison 5 : les domestications, France culture, 14/12/2023, en ligne : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-mecaniques-du-vivant-saison-5-les-domestications
Image d’en tête : Sergent de la section des transmissions du génie royal plaçant un message dans le cylindre attaché au collier d’un chien messager à Étaples, le 28 août 1918. Crédit : David McLellan, Domaine public, Wikimedia Commons
